Un médicament pas assez utilisé

La PrEP (prophylaxie pré exposition), ça marche contre le VIH. Une étude présentée à l’occasion de la conférence internationale sur le sida démontre que la prise de ce médicament en prévention est très efficace. Mais il n’est pas encore assez utilisé.

 

L’ESPOIR ÉTAIT INOUÏ

Les résultats, un an après, sont, eux, spectaculaires. Sur les 1 625 volontaires participant à l’étude sur la PrEP, cette pilule bleue, traitement préventif contre le VIH, aucun n’a été contaminé par le virus en douze mois.
Une efficacité totale qui a été dévoilée mardi lors de la vingt-deuxième conférence internationale sur le sida qui a eue lieu du 22 au 27 juillet 2018 à Amsterdam en présence de plus de 15 000 scientifiques.

traitement TruvadaCes volontaires, surtout des hommes homosexuels, recrutés entre le 3 mai 2017 et le 2 juillet 2018, ont été suivis par 22 centres cliniques en Île-de-France. Ils ont pris la prophylaxie pré-exposition (PrEP), à base de Truvada et de ses génériques, une combinaison de deux médicaments, avant un rapport sexuel, de façon occasionnelle ou en continu, en raison de leurs conduites à risque et de leur difficulté à utiliser en permanence le préservatif.

Autre succès, la bonne tolérance de cette pilule, bien qu’elle puisse provoquer quelques troubles digestifs et nausées. « Il n’y a à ce jour aucun arrêt de l’étude pour des raisons liées à des effets indésirables du traitement », ont révélé ces institutions.
La France a été le premier pays européen à commercialiser ce médicament en continu, dès 2016, aujourd’hui recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« C’est une véritable révolution, se réjouit, depuis Amsterdam, Antoine Henry, porte-parole de l’association Aides. Avant, on avait seulement le préservatif, on était un peu coincés. Evidemment qu’il faut continuer à le mettre ! Mais penser que tous l’utilisent avec tous leurs partenaires, toute une vie, est assez illusoire. »

 

6 000 NOUVEAUX CAS PAR AN EN FRANCE

Alors que, depuis dix ans, les chiffres du VIH stagnent dans l’Hexagone, avec 6 000 nouvelles contaminations annuelles, une question surgit : ce nouveau traitement va-t-il permettre de stopper l’épidémie ? « On pourra le mesurer d’ici à mai 2020, à la fin de l’étude », assure Jean-Michel Molina, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP), à Paris. C’est lui qui a eu l’idée, avec d’autres équipes internationales, de « détourner » l’usage de la PrEP, en prévention, à l’origine utilisée en trithérapie pour les personnes déjà contaminées.

« Ça fonctionne vraiment bien, mais on ne pourra endiguer l’épidémie que si un nombre suffisant de Français, qui n’ont pas recours au préservatif, le prend. Actuellement, il n’y a pas de chiffres, mais on estime qu’ils sont entre 8 000 et 10 000. »
En plus de son efficacité, ce traitement, pris en charge à 100 %, offre la garantie d’un suivi. Il ne s’obtient qu’après une longue consultation dans un hôpital ou un centre de dépistage, de tests et de prises de sang, il doit être renouvelé tous les trois mois. Un bon moyen d’évaluer la santé des patients.

Un témoin de 31 ans, a entendu parler de la PrEP il y a déjà un an et demi. « Je comptais me renseigner auprès de mon médecin. » Le jeune Parisien n’aura pas le temps, il sera contaminé quelques mois plus tard lors d’une soirée non protégée, « une erreur à la con ». S’il n’a pu en profiter, il l’assure, ce nouveau traitement est de plus en plus populaire. « Sur les sites de rencontres gays, on reçoit des messages de prévention des community managers qui nous disent : Bonjour, vous connaissez la PrEP ? »

 

Un coût élevé entièrement pris en charge

Il faut savoir que le traitement anti-VIH est, en effet, entièrement remboursé par la Sécurité sociale. S’il représente un coût non négligeable, il revient beaucoup moins cher que de prendre en charge une personne séropositive au VIH. Selon des chiffres de la direction générale de la santé, cités dans un rapport de l’IGAS publié au début du mois de juillet, « le nombre de contaminations évitées [grâce à la PrEP] serait potentiellement de 1.000 à 2.400 par an ».
Source