Les 6 règles d’or pour se fabriquer des neurones

Non, la production de nouveaux neurones n’est pas réservée aux jeunes cerveaux ! À l’origine de découvertes majeures sur les mécanismes à l’œuvre, le neuroscientifique Pierre-Marie Lledo révèle les règles d’or pour entretenir son cerveau.

 

Se fabriquer des neurones À N’IMPORTE QUEL ÂGE

Cinq neurones de plus ! C’est ce que votre cerveau aura acquis à la fin de la lecture de cet article. L’humain produit en effet 700 nouveaux neurones par jour, en moyenne, dans ses deux hippocampes (structures impliquées dans la mémorisation) selon une étude récente. Et cela à tout âge, contrairement à une idée reçue persistante.

Mieux, voici quelques mois à peine, les chercheurs ont accompli l’exploit d’observer en direct la naissance, la maturation puis l’intégration de ces nouveaux neurones chez la souris. Ils se sont alors aperçus que 20 % des connexions de ces « bébés neurones » se renouvellent chaque jour.

 

Résultat réjouissant

Non seulement nos neurones se régénèrent, mais ils sont hyperactifs. De quoi sabler doublement le champagne en 2018, date du vingtième anniversaire de cette découverte époustouflante : la neurogenèse (production de neurones) ne concerne pas uniquement les jeunes cerveaux, mais se poursuit toute la vie. « Cette avancée majeure a renversé le paradigme de Santiago Ramón y Cajal [prix Nobel de médecine 1906], explique le professeur Pierre-Marie Lledo, directeur de recherche au CNRS et directeur du département de neuroscience à l’Institut Pasteur à Paris, expert français mondialement reconnu de ce phénomène. Ce neurobiologiste prétendait que l’on naissait avec un stock définitif de neurones — formé chez l’embryon — et que toute perte neuronale était, par conséquent, irréversible. Il avait tort. »

 

Tout bascule dans les années 1980

Lorsque les chercheurs découvrent contre toute attente une neurogenèse adulte chez le canari, le poisson, l’insecte, la souris…
Au printemps 1998, nouveau coup de tonnerre : Elizabeth Gould, professeur à l’Institut de neurosciences, à l’université de Princeton (États-Unis), rapporte avoir observé de nouveaux neurones chez le primate adulte (singe marmouset), puis l’automne suivant chez le macaque. En novembre de la même année, l’équipe de Peter Eriksson et Fred H. Gage, chercheurs à l’hôpital universitaire Sahlgrenska de Göteborg (Suède), franchit la dernière marche, chez l’humain. Elle révèle, en effet dans le cerveau d’un patient décédé de 72 ans, à qui avait été injecté un traceur fluorescent juste avant sa mort, de jeunes cellules venant de se transformer… en neurones. C’est l’estocade.

 

La marque de l’apprentissage de la nouveauté

Depuis 2001, l’équipe de PierreMarie Lledo mène l’enquête pour retracer le parcours de ces « bébés neurones » depuis leur naissance jusqu’à leur intégration dans le cerveau. Et ses efforts sont payants. « Nous avons identifié trois pouponnières chez la souris : l’hippocampe, la zone sous-ventriculaire et l’épithélium olfactif », explique le neurobiologiste. Surprise de taille : la densité en néo-neurones est proportionnelle aux variations de l’environnement matériel et social. « Lorsque les souris sont en présence de congénères et dans un environnement variable, leur cerveau est quatre fois plus riche en nouveaux neurones que celui des rongeurs isolés dans un environnement pauvre ! »

Ce n’est pas tout : « Nos recherches ont aussi montré en 2002 que dans le système olfactif de la souris, la production de néo-neurones — 30 000 par jour — était accrue en cas de stimulations sensorielles complexes.

Puis en 2003 que l’intégration des néo-neurones était corrélée à l’apprentissage de nouvelles odeurs. Autrement dit, plus l’apprentissage est intense, plus la neurogenèse et l’intégration des cellules le sont aussi. Ces néo-neurones seraient donc la marque de l’apprentissage de la nouveauté.