Que ferait-il à ma place ?

Théodore Roosevelt racontait qu’au temps de sa présidence, lorsqu’il se trouvait en face de quelque conjoncture embarrassante, il s’adossait à son fauteuil, levait les yeux vers un grand portrait de Lincoln suspendu au mur, et se disait :
« Que Ferait Lincoln s’il était à ma place? Comment résoudrait-il ce problème? »
Alors, la prochaine fois que nous serons tentés de « passer un bon savon » à quelqu’un, pensons à Lincoln et demandons-nous: « Que ferait-il à notre place? »

Il arrivait à Mark Twain de laisser exploser sa colère dans sa correspondance. Un jour, à quelqu’un qui l’avait exaspéré, il écrivit:
« Tout ce qu’il vous faut, c’est une place au cimetière. Vous N’avez qu’un mot à dire et je me charge de vous la réserver. »
Une Autre fois, parce qu’un correcteur avait tenté d’apporter quelque amélioration « à son orthographe et à sa ponctuation », il s’adressa à la rédaction en ces termes :
« Conformez-vous à mon article et veillez à ce que ce correcteur garde ses conseils dans la bouillie qui lui tient lieu de cervelle. »
Si ces lettres ont permis à Mark Twain de décharger sa bile, leur ton cinglant n’a jamais atteint ses destinataires. Mme Twain, en effet, sans en souffler mot à son mari, a fait en sorte qu’elles ne soient jamais expédiées.

  • Connaissez-vous une personne que vous voudriez corriger?
  • Oui ?
  • Parfait C’est une excellente idée. Mais pourquoi ne pas commencer par vous-même?
  • Ce serait beaucoup plus profitable que d’essayer de corriger les autres, et… beaucoup moins dangereux.

 

Commençons par nous corriger nous-mêmes.

Confucius disait : « Ne te plains pas de la neige qui se trouve sur le toit du voisin quand ton seuil est malpropre. »

Quand j’étais jeune, j’étais fort prétentieux et je m’efforçais d’impressionner tout le monde. Un jour, j’adresse une lettre stupide à Richard Harding Davis, écrivain qui eut son temps de célébrité dans la littérature américaine. Je préparais un article sur les méthodes de travail des écrivains et je priai Davis de me renseigner sur les siennes. Malheureusement, quelques semaines plus tôt, j’avais reçu une lettre d’une personne qui avait ajouté cette annotation :
« Dicté mais non relu. »
Cette formule m’avait plu. Voilà qui vous donnait l’air d’un personnage important, accablé de besogne! Pour moi, j’étais bien loin d’être aussi occupé, mais je désirais tant me grandir aux yeux de Richard Harding Davis que je terminai aussi ma brève note par les mots « Dicté mais non relu. » Le romancier ne répondit jamais à ma lettre. Il me la retourna simplement ornée de cette observation:
« Votre grossièreté n’a d’égale que votre stupidité. »

C’est vrai, j’avais fait une gaffe, j’avais sans doute mérité cet affront. Mais, c’est humain, je déteste Davis pour l’humiliation qu’il m’avait infligée. Et ma rancune demeura si vive que, lorsque j’appris sa mort dix ans plus tard, le seul souvenir qui se réveilla dans mon esprit — j’ai honte de l’avouer —, ce fut le mal qu’il m’avait fait.

 

Il faut de la noblesse pour comprendre et pardonner

Si vous voulez demain faire naître des rancunes qui brûleront pendant des lustres et persisteront peut-être jusqu’à la mort, adressez à ceux qui vous entourent quelques cinglantes critiques.
Vous verrez le résultat, même si ces critiques sont parfaitement justifiées à vos yeux!

Quand vous vous adressez à un homme, rappelez-vous que vous ne parlez pas à un être logique; vous parlez à un être d’émotion, à une créature tout hérissée de préventions, mue par son orgueil et par son amour-propre.

A cause des critiques féroces dont on l’avait accablé, Thomas Hardy, un des écrivains les plus remarquables de la littérature anglaise, abandonna pour toujours son métier de romancier. Et C’est la médisance qui conduisit au suicide le poète anglais Thomas Chatterton.

Benjamin Franklin, brutal et maladroit dans sa jeunesse, devint, par la suite, un si fin psychologue, il apprit si bien l’art d’influencer les hommes, qu’il fut nommé ambassadeur des Etats-Unis en France.

Le secret de son succès ? Le voici: « Je ne veux critiquer personne… je veux dire tout le bien que je sais de chacun. Le premier imbécile venu est capable de critiquer, de condamner et de se plaindre. Mais il faut de la noblesse et de la maîtrise de soi pour comprendre et pardonner.