Le miel plutôt que le fiel

Il y a plus d’un siècle, Lincoln disait : Une vieille et sage maxime nous assure qu’une goutte de miel attrape plus de mouches qu’une pinte de fiel.

C’est vrai aussi pour les humains. Si vous voulez rallier un homme à votre cause, persuadez-le d’abord que vous êtes son ami. Ce sera la goutte de miel qui touchera son cœur et c ‘est par le cœur qu’on parvient à l’esprit.

Les chefs d’entreprise savent qu’ils ont tout intérêt à se montrer bienveillants à l’égard des grévistes. Ainsi, lorsque deux mille cinq cents ouvriers de la White Motor Company se mirent en grève pour obtenir une augmentation de salaire et le droit de se syndiquer, le président de la compagnie, Mr. Robert F. Black, se garda de se fâcher, de menacer, et de parler de tyrannie.

Il fit mieux : il flatta les révoltés.

Dans un journal de Cleveland, il les félicita sur leur attitude pacifique. Ayant observé l’oisiveté des grévistes, il leur offrit une douzaine de battes de baseball, des gants, et les engagea à faire quelques parties. Aux boulistes, il procura des boules.

La bonté du président Black fit ce que la bonté accomplit toujours : elle stimula les bonnes volontés. Les grévistes empruntèrent des balais, des pelles et des charrettes, et se mirent à nettoyer les abords de l’usine, ramassant les papiers, les allumettes et les mégots qui jonchent le sol. Imaginez cela! Les Ouvriers nettoyant le terrain de l’usine tout en livrant bataille pour leurs revendications. On n’avait jamais vu chose pareille. Au bout d’une semaine, un accord intervient entre les patrons et les travailleurs, et la grève prit fin dans un sentiment de détente générale.

 

La connaissance du cœur humain

Daniel Webster était l’un des avocats les plus recherchés de son temps. Il ne manquait jamais d’accompagner ses arguments les plus puissants de phrases courtoises et lénifiantes dans le genre :

  • Il revient au jury d’apprécier…
  • Messieurs, ceci mérite peut-être réflexion…
  • Voici quelques faits que vous ne perdrez pas de vue, j’espère…
  • Avec votre connaissance du cœur humain, vous saisirez aisément la signification de ces actes… !

Pas de brutalité, nul effort pour imposer ses opinions. Webster interpella son auditoire sur un ton doux, mesuré, amical, qui fit son renom.
Nous n’aurons peut-être jamais l’occasion d’arbitrer une grève ni de convaincre un jury, mais il est d’autres circonstances où le principe ci-dessus pourra nous être utile.

 

Faire preuve de compréhension

Qui sait si nous ne nous trouverons pas un jour dans la situation de M. Straub qui désirait obtenir de son propriétaire une diminution de loyer. M. Straub raconta ainsi son histoire :

J’écrivis au propriétaire pour lui annoncer que je quitterai mon appartement à l’expiration du bail. En réalité, je n’avais pas du tout l’intention de partir, mais je comptais que la menace de ce congé le déciderait peut-être à m’accorder la réduction demandée.

Toutefois, j’avais peu d’espoir de réussir, d’autres locataires avaient fait la même tentative que moi et avaient échoué, ils m’assuraient que cet homme était intraitable. Je me dis que c’était le moment ou jamais, de mettre à profit l’art sur lequel j’étais en train de m’entraîner.

Dès réception de ma lettre, le propriétaire se présenta chez moi, accompagné de son secrétaire. J’allais l’accueillir à la porte avec un large sourire. Je me gardai de commencer par me plaindre du loyer. Je parle d’abord du charme de mon appartement, je lui expliquais qu’il me plaisait beaucoup, croyez-moi, je ne ménageais pas les compliments. Je le félicitais sur la manière dont il gérait son immeuble et je conclus en disant que j’aimerais beaucoup y rester une année encore, mais que mes moyens ne me le permettaient pas.

Manifestement, le propriétaire n’avait jamais entendu pareil discours dans la bouche d’aucun de ses locataires. Il ne savait qu’en penser. Il se mit alors à me confier ses ennuis. Toujours des réclamations de ses locataires ! L’un d’eux lui avait adressé quatorze lettres, dont certaines étaient franchement insultantes. Un autre le menaçait de partir s’il ne trouvait pas le moyen d’empêcher le voisin du dessus de ronfler la nuit ! Quel plaisir, me dit-il, de trouver une personne comme vous. Là-dedans, sans même que je l’en prie, il me proposa de réduire un peu mon loyer. Je citai un chiffre sensiblement plus bas que le sien… Il accepta sans discussion.

Si j’avais employé la même méthode que les autres pour arriver à mes fins, je suis certain que j’aurais échoué comme eux. Si j’avais réussis, c’était grâce à mon attitude bienveillante, cordiale et compréhensive.