La décision

À partir de ces influences contradictoires, mais qui se renforcent mutuellement, l’enfant va néanmoins prendre une décision lui permettant à la fois d’intégrer les contraintes senties et de satisfaire ses désirs et ses envies propres. Pour cela, il va utiliser ce que Berne appelle d’un mot imagé « le langage marsien » et qui consiste à transformer les messages reçus, de façon à les rendre assimilables et acceptables par lui.

L’exemple connu est celui du petit garçon à qui sa mère dit : « Tu es trop petit pour boire du whisky » et qui, enclenchant son langage marsien, finit par décider de comprendre « Autrement dit, si je veux devenir grand comme papa, qui est propriétaire de cette bouteille, il faut que je boive comme lui. »

Dans cet exemple simple, l’enfant ne désobéit pas à proprement parler, mais, très subtilement, met son habile « petit professeur » au contrôle, s’ingéniant, tel un juriste, à transgresser la loi sans l’enfreindre, à lui trouver une exception – celle de son désir – sans compromettre pour autant la règle générale.

Ainsi, comme le disent certains analystes transactionnels, l’enfant va décider de ce qu’il va devenir, et cette décision il en porte la responsabilité à 50 % ; les parents et le milieu extérieur portant la responsabilité des 50 % qui restent.
Cette décision va porter sur le type de vie que l’enfant choisit, type de vie qui peut être comparé à un véritable scénario dont l’enfant est à la fois le metteur en scène, l’acteur principal, le dialoguiste, le montreur, etc.

 

Classification des scénarios

Les analystes transactionnels ont coutume de l’établir en fonction de deux critères, selon qu’il s’agit :

  • D’un scénario de « perdant », « gagnant », « non-gagnant »
  • De son contenu et de sa situation dans le temps vécu.

 

Le « gagnant », le « non-gagnant », le « perdant »

Le « gagnant » est la personne qui remplit son contrat avec lui-même, le monde, les autres et réalise les objectifs qu’il s’assigne.
Il commence par projeter un objectif, s’engage à l’atteindre, et l’atteint bel et bien. En termes d’at, on l’appelle « prince ou princesse ».

Le « non-gagnant » travaille toute la journée puis tout le mois, toute l’année, toute la vie non pour gagner, mais pour s’en sortir à égalité en disant : « Au moins je n’ai pas eu de… ; cela aurait pu être pire après tout. »

Le « perdant » s’arrange pour ne pas réaliser ses objectifs et contrats avec lui-même et les autres. Il dit : « Si j’avais pu…, j’aurais dû…, oui mais… » ; en Analyse Transactionnelle, on l’appelle le « crapaud ou la grenouille ».
On ne peut mieux résumer ou préciser ces définitions qu’en laissant une fois de plus parler Éric Berne .

« Le gagnant sait ce qu’il fera s’il perd, mais n’en parle pas ; un perdant ne sait pas ce qu’il fera s’il perd, mais il parle de ce qu’il fera s’il gagne. »

Notons par ailleurs que, lorsque le scénario ou plan de vie a une fin tragique, on l’appelle « hamartique », et lorsqu’il sort de l’ordinaire « exceptionnel ».

 

Les six types de scénario selon Berne :

  1. Jamais. – Mythe : le supplice de tantale.
  2. Toujours. – Mythe : Arachné.
  3. Avant ou jusqu’à. – Mythe : Jason.
  4. Après. – Mythe : Damoclès.
  5. Sans cesse. – Mythe : Sisyphe.
  6. Trop court ou sans conclusion. – Mythe : Philémon et Beaucis.

 

Le mini-scénario

Concept mis au point par Kahler et Capers, le mini-scénario établit et révèle comment et par quel mécanisme ou procédé, en l’espace d’une à sept secondes, plusieurs fois par jour, nous renforçons notre scénario personnel et ainsi validons et consolidons nos croyances sur nous-mêmes et les autres (la dynamique du mini-scénario est interne).
On l’appelle mini-scénario parce qu’on y observe de façon privilégiée, en l’espace de quelques secondes et comme en modèle réduit, ce qui se passe, grandeur nature, sur toute une vie.
Ce renforcement du scénario se déroule en quatre étapes bien distinctes. Nous allons l’illustrer par un exemple :

 

Mécanismes du mini-scénario

Prescription ou ordre reçu :

Presse-toi !
(je ne peux être OK + que si je me dépêche). Exemple d’un jeune étudiant révisant ses mathématiques avant l’examen trimestriel.
Désir : se reposer, se détendre.
Racket, sentiment parasite, rôle à jouer : « l’étudiant infatigable ».

1. Prescription ou ordre reçu :

Presse-toi !
(je ne peux être OK + que si je me dépêche). « Je prendrais bien un peu de repos avant de continuer à réviser ».
(Prescription : tu es OK si tu te dépêches).

2. Injonction

« Mais j’ai du retard sur mon programme, je ne peux pas ».
Ne ressens pas tes émotions !
N’exprime pas tes besoins ! (Injonction : ne ressens pas tes émotions et tes désirs).
Position de vie : je OK – ; tu OK + (les autres ont de la chance ; ils n’ont rien à réviser, eux).

3. Réaction de soumission

(EAS) ou réaction de rébellion (EAR) – Soumission
« Quand aurai-je enfin une minute à moi ? »
Position de vie : je OK -, tu OK + (EAS).
– Rébellion
« La barbe, à la fin, il faut toujours réviser quand il fait beau ; j’en ai assez de toutes ces compositions et du professeur ! »
Position de vie : je OK +, tu OK – (EAR).

4. Bénéfice final négatif

Sentiments d’impuissance, d’apitoiement sur Soi : la personne ressent un malaise dans les secondes qui suivent le cyle. Bénéfice final :
« C’est toujours pareil, il faut toujours que je me dépêche ; je n’arrive pas à me détendre vraiment ; je ne changerai jamais ! »
Position de vie : je OK -, tu OK +.
Si ce comportement est typique du scénario de la personne, elle passe successivement par des positions de vie différentes pour terminer sur la position je ok – tu ok – et éprouve, à la fin du cycle, un sentiment de malaise, d’impuissance, de tension et de crispation intérieure.
On peut ainsi représenter sur les schémas suivants le mini-scénario négatif et le mini-scénario positif qui lui correspondent sur le plan thérapeutique.