Savoir faire preuve de modération

Voici une lettre fameuse qui fut écrite par Lincoln, le 26 avril 1863, au plus noir de la guerre civile. Depuis dix-huit mois, les généraux de Lincoln conduisent l’armée des Nordistes de défaite en défaite. C’était une stupide et inutile boucherie. Les déserteurs s’enfuyaient par milliers. Le pays était atterré. Le parti républicain même se révolta et menaça de chasser Lincoln de la Maison-Blanche.

  • Nous sommes au bord de l’abîme, disait Lincoln. Dieu Lui-même semble s’être tourné contre nous, et je ne vois plus un rayon d’espoir !

Le général Hooker avait commis de lourdes fautes, et Lincoln voulait corriger ce téméraire sur qui reposait le sort de la nation tout entière. La lettre qu’il lui adressa fut peut-être l’une des plus dures qu’il écrivit après son élection. Et, pourtant, observez comme il flatte Hooker avant de le critiquer. II se garde bien de qualifier brutalement ses erreurs, qui étaient pourtant très graves.
Avec beaucoup de modération, il lui dit simplement :

  • Vous avez fait certaines choses dont je ne suis pas entièrement satisfait…

Parlez-moi de tact et de diplomatie ! D’ailleurs, voici le message :

  • Je vous ai placé à la tête de l’armée du Potomac. Naturellement, je me suis appuyé, pour prendre cette décision, sur des raisons qui m’ont paru suffisantes. Toutefois, je dois vous informer que vous avez fait certaines choses dont je ne suis pas entièrement satisfait.
  • Je vous tiens pour un soldat brave et habile, qualités que j’apprécie, bien entendu. Je crois aussi que vous ne mêlez pas la politique à votre métier, ce qui est louable. Vous avez confiance en vous-même, ce qui est précieux, sinon indispensable.
  • Vous êtes ambitieux. L’ambition, lorsqu’elle se maintient dans des bornes raisonnables, est plutôt bienfaisante. Mais je sais qu’elle vous a poussé à contrecarrer par tous les moyens le général Burnside, ce qui a causé un grand tort à votre pays, ainsi qu’à un honorable et méritant frère d’armes.
  • Vous avez dit récemment, je le tiens de source sûre, que l’armée et le gouvernement avaient besoin d’un dictateur. Si je vous ai donné la commande ment, ce n’est pas, vous le comprenez, en raison, mais en dépit de cela.
  • Seuls les généraux vainqueurs peuvent prétendre à être des dictateurs. Ce que je vous demande maintenant, ce sont des succès militaires et ensuite nous verrons pour la dictature.
  • Le gouvernement vous soutiendra jusqu’à la limite extrême de ces possibilités, c’est-à-dire ni plus ni moins qu’il a soutenu les autres chefs militaires. Toutefois, je crains fort que l’esprit critique et de doute que vous avez contribué à répandre parmi les soldats ne se retourne contre vous. Je vous aiderai autant que je le pourrai à le détruire.
  • Ni vous ni Napoléon, s’il vivait encore, ne pourraient obtenir un effort de troupes ayant un tel moral! Défiez-vous de la témérité.
  • Mais montrez- vous énergique, soyez inlassablement vigilant, allez de l’avant et remportez des victoires.

 

 

Appliquer la méthode au travail

Je vous entends bien. Vous n’êtes pas un Coolidge, ni un McKinley, ni un Lincoln. Ce que vous voulez savoir, c’est comment vous pouvez appliquer cette méthode dans votre vie professionnelle. Eh Bien! Suivez le cas de M. Gaw, architecte attaché à une grande entreprise de bâtiment.

M. Gaw est un citoyen ordinaire, comme vous et moi. Son entreprise avait été chargée de construire à Philadelphie un grand bâtiment qui devait être achevé à une certaine date. Tout allait bien, la construction était presque terminée, quand tout à coup, le fabricant qui devait fournir les ornements en bronze pour la façade fit savoir qu’il lui serait impossible de livrer sa marchandise au jour promis. Quoi?

Un immeuble entier retardé ! De gros débits à payer, de lourdes pertes, des complications ! Tout cela à cause d’un seul homme ! Coups de téléphone… Discussions… Remontrances… Tout fut vain. M. Gaw fut alors désigné pour aller à New York séduire le lion dans son antre.
Quand il pénétra dans le bureau de l’industriel, il lui dit :

  • Savez-vous, monsieur, que votre nom est unique à Brooklyn ?

L’autre se montra surpris :

  • Non, dit-il, je l’ignorais.

M. Gaw Poursuivit :

  • Je m’en suis aperçu en cherchant votre adresse dans l’annuaire du téléphone.

Le fabricant pris l’annuaire et le regarda avec intérêt.

  • Il est certain, déclara-t-il avec une fierté non dissimulée, que c’est un nom peu commun. Ma famille a émigré de Hollande et s’est établie ici il y a bientôt deux cents ans…

Pendant quelques minutes, il parla complaisamment de ses parents et de ses ancêtres. Quand il eut fini, M. Gaw lui fit des compliments de son usine et conclut :

  • C’est une des installations les plus propres et les mieux organisées que je n’aie jamais vues. J’ai passé ma vie à monter cette entreprise, dit l’industriel, et, mon Dieu ! J’en suis fier… Voulez-vous faire un tour dans mes ateliers ?

Tout au long de cette visite, M. Gaw admira les machines et les méthodes de travail, expliquant pourquoi il les trouvait supérieures aux autres. Il remarqua quelques dispositifs spéciaux : son hôte lui confia qu’ils étaient de son invention et tint à lui en décrire longuement le fonctionnement, finalement, il insista pour emmener M. Gaw déjeuner avec lui. Jusque-là, notez-le bien, pas un mot n’avait été prononcé sur le but véritable du visiteur.

A la fin du repas, l’industriel dit :

  • Parlons affaires. Naturellement, je sais pourquoi vous êtes ici… Je ne pensais pas que notre entrevue serait aussi agréable. Vous pouvez rentrer à Philadelphie avec ma promesse que les fournitures seront exécutées et livrées à temps, même si toutes les autres commandes doivent être suspendues.

M. Gaw obtint tout ce qu’il voulait sans même avoir à le demander. Le fournisseur tint parole, et le bâtiment fut achevé au jour dit.

Les choses se seraient-elles passées ainsi si M. Gaw avait employé les méthodes violentes généralement adoptées en pareilles circonstances ?