Une bombe à retardement

Source ahajournals.org

C’est une simple canette comme il s’en vend des milliards chaque jour. Vingt-cinq centilitres de boisson pétillante et sucrée. Enfin pas vraiment sucrée, mieux : édulcorée. Car on pense que c’est plus sain, moins calorique, que c’est plus Light. Ces 25 centilitres de faux sucre sont une bombe à retardement. Absorbés quotidiennement, ils pénètrent dans notre organisme avec des effets cardiovasculaires dévastateurs qui, comme vient de l’établir une vaste étude épidémiologique publiée dans la revue Stroke en 2017, vont par la suite accroître le risque de démence à moyenne échéance. Jusqu’à le multiplier par trois sur une période de dix ans.

Et une démence, cela signifie avant tout une maladie d’Alzheimer, et pour un tiers des cas environ, une maladie à corps de Lewy, qui perturbe les mouvements, ou une démence fronto-temporale, qui dérègle profondément les comportements sociaux et les émotions.

Ça vous paraît invraisemblable ? C’est pourtant le constat dressé par la faculté de médecine de Boston auprès de 4372 personnes de plus de 45 ans constituant la fameuse cohorte Framingham, échantillon de population sur lequel ont été réalisées, entre 1991 et 2001, une kyrielle de mesures se rapportant aussi bien au style de vie qu’aux habitudes de consommation et de sommeil ainsi qu’à la prévalence de maladies cardiovasculaires et métaboliques. Vers la fin de la période de suivi initiale, les neurologues de Boston ont commencé à guetter chez ces personnes l’apparition de démences mais aussi d’accidents vasculaires cérébraux, les fameux AVC, de nouveau sur une période de dix ans allant de 1998 à 2008. Plusieurs années ont été nécessaires pour traiter les données, les faire valider par des collèges d’experts et en extraire les principales conclusions.

 

Risque de démence multiplié par 3

Verdict : la consommation d’au moins un verre ou d’au moins une canette de soda light par jour multiplie par 2,96 le risque de démence sur une période de dix ans, et par 2,89 le risque d’AVC. Le facteur « médiateur » (celui qui fait le lien entre la consommation de soda et le danger encouru) serait le risque de diabète, très fortement augmenté par la consommation de ces boissons et prédictif de démences et d’AVC. Les Français consomment en moyenne 66 litres de soda par personne et par an. Certains beaucoup moins, certains nettement plus.

Diabète, maladies cardiovasculaires, vieillissement prématuré… La consommation fréquente de sodas est accusée depuis quelques années de presque tous les maux. Et le bilan continue de s’alourdir, puisqu’elle est désormais soupçonnée d’effets néfastes sur le cerveau. Des chercheurs de l’Université de Boston (États-Unis) soutiennent dans deux études publiées simultanément en avril 2017 dans les revues Alzheimer’s & Dementia et Stroke que les boissons sucrées affectent la mémoire. Pire, les lights à base d’édulcorants multiplieraient par trois le risque de développer démence et accident vasculaire cérébral (AVC) !

 

Un soda light par jour serait nocif pour le cerveau

Pour la première étude, publiée dans Alzheimer’s & Dementia, les chercheurs ont examiné les données de la cohorte Framingham, l’une des plus importantes au monde dans le domaine épidémiologique : elle inclue environ 4 000 Américains issus de plusieurs générations depuis 1948. Les scientifiques ont repéré la consommation en sodas de ces volontaires, leur résultat aux tests cognitifs ainsi que les scans de leur cerveau obtenus par IRM. Verdict : chez ceux ayant consommé plus de deux verres de boissons sucrées par jour (soda, jus de fruits…) ou plus de trois sodas sucrées par semaine, des traces de vieillissement accéléré du cerveau sont visibles. L’hippocampe, zone cérébrale impliquée dans la mémorisation, est rétréci et de fait, la mémoire épisodique (qui permet de se souvenir de moments précis et de prévoir le lendemain) est affectée. Autant de signes de développement précoce de la maladie d’Alzheimer.

Dans la deuxième étude, les scientifiques se sont basés sur la cohorte Outspring, incluant près de 3 000 Américains âgés de plus de 45 ans. Ils ont cherché un lien éventuel entre boissons sucrées et apparition d’une démence (due à la maladie d’Alzheimer) ou survenue d’un AVC. Leur suivi s’est concentré sur dix ans, au cours desquels ils ont relevé 97 cas d’AVC et 81 cas de démence, dont 63 cas de maladie d’Alzheimer. Cette deuxième analyse ne met pas en évidence de lien entre la consommation fréquente de boissons sucrées et une hausse du risque d’AVC ou de démence. Mais pour les boissons lights à base d’édulcorants, le résultat est différent : en consommer un verre quotidiennement multiplierait par trois le risque de développer une démence et un AVC. Effrayant.

 

Mécanisme en jeu non identifié

Toutefois, ces résultats sont à prendre avec des pincettes puisque les chercheurs mettent en évidence une corrélation et non un lien de cause à effet : impossible pour l’instant de savoir quel mécanisme biologique est en jeu. De plus, même si les auteurs de ces études ont pris en compte un certain nombre de facteurs (âge, tabagisme, régime alimentaire…), ils ne pouvaient contrôler le développement d’un diabète durant la décennie de suivi. Or non seulement cette pathologie constitue un facteur de risque connu pour la démence, mais les diabétiques ont tendance à consommer plus de boissons lights que les autres. À cause, bien entendu, du niveau allégé de sucre dans ces boissons… Les auteurs en sont donc conscients : plus de recherches seront nécessaires pour valider leurs résultats et découvrir le mécanisme en jeu. En attendant, ils donnent au grand public un conseil qui relève du bon sens : remplacer le plus souvent possible le soda par de l’eau.