La faculté de se mettre à la place de l’autre

Voici un des meilleurs conseils jamais formulés sur l’art de mener les hommes. Il est d’Henry Ford :

Le secret du succès, s’il existe, c’est la faculté de se mettre à la place de l’autre et de considérer les choses de son point de vue autant que du nôtre.

C’est si juste que je veux le répéter une deuxième fois :
Le secret du succès, c’est la faculté de se mettre à la place de l’autre et de considérer les choses de son point de vue autant que du nôtre.

Cette vérité est si simple, si évidente, que tout homme devrait la reconnaître immédiatement. Et pourtant, 90 % des individus l’ignorent dans 90 % des cas.

Un exemple ? Étudiez les courriers que vous recevrez demain à votre bureau, et vous constaterez que la plupart d’entre eux violent cette règle du bon sens. Prenons celle-ci, rédigée par le directeur d’une importante agence de publicité. Cette Circulaire fut adressée au directeur de chacune des sociétés importantes dans tout le pays. (J’ai indiqué, en gras, les réflexions suscitées en moi par la lecture des différents paragraphes.)

Cher monsieur Blank, La Compagnie Megavox désire conserver la place prépondérante qu’elle a toujours occupée dans le domaine de la publicité.

Je me moque pas mal de ce que vous désirez. Je suis absorbé par mes propres soucis…

  • La banque refuse de renouveler l’hypothèque de ma maison…
  • Les pucerons dévorent toutes mes roses…
  • Les cours ont fait une chute hier en Bourse…
  • J’ai manqué mon train ce matin…
  • Je n’ai pas été invité à la soirée des Jones…
  • Le docteur me dit que j’ai de la tension artérielle et des pellicules…

Sur ce, que m’arrive-t-il ? Je viens à mon bureau ce matin, préoccupé et d’assez méchante humeur, j’ouvre mon courrier… et je tombe sur ce prétentieux qui m’écrit de New York pour m’entretenir de ses projets et de ses désirs! S’il pouvait se douter de l’effet que me fait sa lettre, il abandonnerait tout de suite la publicité.

C’est la publicité nationale diffusée par nos soins qui a formé la base des premières campagnes de publicité de ce genre. Et les programmes que nous avons élaborés depuis lors nous ont permis de nous élever au- dessus de toutes les agences concurrentes.

Ah! oui. Votre maison est la plus riche et la plus puissante. On le sait. Et après ? Ce que ça peut me laisser froid! Vous pourriez être aussi fort que la General Motors et la General Electric réunies que ça ne me ferait pas plus d’effet. Si vous aviez seulement un soupçon d’intelligence, vous sauriez que ce qui m’intéresse, c’est mon importance à moi, pas la vôtre. En vous étendant complaisamment sur votre immense succès, vous ne parvenez qu’à me faire sentir l’humilité de ma position.

Nous désirons fournir à nos clients les tout derniers renseignements concernant les diverses stations.
Vous désirez ! Vous désirez Peu m’importe ce que vous désirez ou ce que le président des Etats-Unis désire. Dites-vous bien une fois pour toutes que, pour m’intéresser, il faut me parler de ce que je désire. Vous N’en avez pas encore dit un mot dans votre lettre !

Voulez-vous, par conséquent, nous fournir en priorité tous les renseignements relatifs à vos programmes et horaires, qui nous sont nécessaires chaque semaine pour faire un choix judicieux des meilleurs temps d’émission.

La priorité! Quel aplomb! Par votre prétention, par vos déclarations vaniteuses, vous me faites sentir mon infériorité… Puis, vous venez me demander de vous donner ‘la priorité’. Et vous n’ajoutez même pas: s’il vous plaît !

Une prompte réponse nous informant de vos récentes activités servira nos intérêts mutuels.

L’imbécile! Il m’adresse une formule polycopiée, une circulaire, dont les copies sont aussi nombreuses qu’au vent les feuilles d’automne Il a l’audace de me demander, à moi qui suis tracassé par mon échéance, ma tension artérielle, mes rosiers et je ne sais plus combien d’autres soucis, de prendre la peine de dicter une lettre personnelle en réponse à sa misérable circulaire. Et « promptement » encore! Ne savez-vous pas, monsieur, que je suis tout aussi occupé que vous, du moins je me plais à le croire… Je n’aime pas beaucoup votre ton cavalier… Tiens! Vous dites ici que notre collaboration servira nos intérêts mutuels. Enfin ! Vous avez commencé à vous intéresser à mon point de vue… Mais De quelle manière vague !

Sincères salutations.

P.S. : L’extrait ci-joint du journal de Blank ville vous intéressera, et peut-être jugerez-vous utile ce que je viens de vous demander.

C’est dans ce post-scriptum, tout à la fin, que vous indiquez finalement quelque chose qui pourrait m’être utile. Pourquoi n’avez-vous pas commencé votre lettre par-là ?… Mais je ne veux pas gaspiller mes conseils… Quand un homme qui se prétend agent de publicité est capable de perpétrer pareilles élucubrations, c’est qu’il est atteint de crétinisme avancé… Non, monsieur: ce qu’il vous faut, ce n’est pas une lettre vous renseignant sur les plus récentes activités, c’est un peu d’iode pour votre glande thyroïde!
En vérité, si un homme qui passe sa vie à étudier la publicité, et se pose en expert dans l’art d’influencer ses semblables, rédige ainsi ses lettres de prospection, alors que pouvons-nous attendre d’un non-spécialiste ?

Je vous laisse vous imprégner de toutes les erreurs qui ont été faites par l’expéditeur de ce courrier. Réfléchissez-bien avant d’envoyer ceux que vous devez rédiger dans les jours qui viennent.