Une extraordinaire célébrité

Le romancier Hall Came était fils de forgeron et n’avait reçu qu’une instruction rudimentaire. Pourtant, il connut une extraordinaire célébrité. Voici l’origine de sa carrière. Il adorait la poésie et tous les poèmes de Dante Gabriel Rossetti. Ayant rédigé une déclaration élogieuse sur l’œuvre du poète, il en adressa une copie à ce dernier, qui fut charmé; il est probable qu’il pensa :

  • Un jeune homme qui a une aussi haute opinion de moi doit être fort intelligent.

Il invita le fils du forgeron à devenir son secrétaire. Grâce à sa nouvelle situation, le jeune homme rencontra les maîtres de la littérature. Conseillé et encouragé par eux, il se mit à écrire et connut un succès triomphal. Sa propriété, Greeba Castle, dans l’île de Man, devint un lieu de pèlerinage pour les touristes : il laissa une fortune de deux millions cinq cent mille dollars. Et pourtant, il serait peut-être mort pauvre et méconnu s’il n’avait pas écrit cet essai exprimant son admiration pour un homme illustre.

Tel est le pouvoir, le prodigieux pouvoir de la louange quand elle vient du cœur.

Rossetti se considérait comme un personnage important. Quoi de surprenant à cela ? Chacun de nous se croit important, très important.

Plus d’une vie pourrait être changées si seulement nous prenions la peine de faire sentir aux autres leur importance.

 

Le profond désir de nous sentir important

Ronald J. Rowand est professeur aux Arts Et Métiers, il anime également des stages de communication en Californie. Voici ce qu’il nous a écrit à propos de Chris, un de ses étudiants de première année :

Chris était un garçon tranquille, manquant de confiance en lui, le genre d’étudiant qui, souvent, ne reçoit pas l’attention qu’il mérite. J’enseigne aussi dans une classe supérieure, dont l’accès représente un privilège et un symbole de prestige.
Mercredi, Chris travaillait assidûment à son pupitre. Je sentais vraiment qu’il brûlait d’un feu intérieur. Je lui demandai s’il aimerait faire partie du cours supérieur. J’aimerais pouvoir vous décrire le regard de Chris, les émotions de ce garçon de quatorze ans, qui essayait de contenir son émotion !

  • Qui, moi, M. Rowland ?
  • En suis-je capable?
  • Oui, Chris, tu en es capable.

Je dus en rester là parce que les larmes me montaient aux yeux. Lorsque Chris sortit de la classe ce jour-là, on aurait dit qu’il avait grandi de dix centimètres. Il me regarda dans les yeux et d’une voix assurée me dit ‘Merci, M. Rowland.’

Chris m’a donné une leçon que je n’oublierai jamais: notre profond désir de nous sentir important. Pour m’aider à ne jamais perdre de vue cette règle, j’ai fait écrire sur un panneau:

Vous Êtes Important

Je l’ai accroché dans ma salle de classe pour que tous puissent le voir et pour me rappeler que chaque étudiant doit avoir une égale importance à mes yeux. Prenons conscience de ceci :

Tout homme que nous rencontrons croit nous être supérieur en quelque manière. Si vous voulez trouver le chemin de son cœur, prouvez-lui subtilement que vous reconnaissez sincèrement son importance.
Rappelez-vous la parole d’Emerson :

Tout homme m’est supérieur en quelque manière, et je m’instruis auprès de lui. Il est pathétique de voir ceux qui ont le moins à s’enorgueillir essayer de combler leurs secrètes déficiences par des manifestations de vanité si bruyantes qu’elles offensent ceux qui en sont témoins.

 

Exemple qui a donné des résultats remarquables

Comme le disait Shakespeare :

  • Homme ! Ô homme vain ! Drapé D’un peu d’autorité, tu joues devant les Cieux de si grotesques comédies que tu ferais pleurer les anges.

Et, maintenant, prenons trois cas où l’application des méthodes exposées ici a donné des résultats remarquables. Voici d’abord celui d’un avoué du Connecticut, qui m’a prié de ne pas indiquer son nom à cause de sa famille. Nous l’appellerons M.R…

Peu de temps après s’être fait inscrire à notre Entraînement, M. R.… se rend avec sa femme, en voiture, à Long Island, pour rendre visite à des parents. Il se retrouve en tête à tête avec une vieille tante de son épouse, cette dernière les ayant laissés pour d’autres visites. Il décide de mettre immédiatement en pratique ces principes et, dans ce but, cherche autour de lui ce qu’il pourrait honnêtement admirer.

  • Votre maison a été construite en 1890, n’est-ce pas ? demande-t-il à son hôtesse.
  • En effet, répond-elle.
  • Elle me rappelle la maison où je suis né. Quelle belle construction !… Vaste., bien conçue… On ne bâtit plus comme cela maintenant.
  • Ah ! Vous avez bien raison! dit la vieille dame. Les jeunes gens d’aujourd’hui ne savent pas ce qu’est une belle demeure. Tout ce qu’ils veulent, c’est un petit appartement et une belle voiture…

D’une voix émue, elle évoque de chers souvenirs :

  • C’est une maison idéale… Elle fut bâtie avec amour; mon mari et moi n’avions pas d’architecte, nous avons fait tous les plans nous-mêmes.

Elle lui fait alors visiter les pièces, tandis qu’il admire un à un les objets précieux qu’elle a recueillis au cours de ses voyages et chéris toute sa vie : châles du Cachemire, porcelaines anciennes, lits et fauteuils français, peintures italiennes et de grandes draperies de soie provenant d’un château de France…
Après lui avoir montré la maison, elle tient à le conduire au garage. Là se trouve, sur des cales, une automobile Packard Presque neuve.

  • Mon mari avait acheté cette voiture peu de temps avant de mourir, murmure la vieille dame, je n’y suis jamais montée depuis… Vous appréciez les belles choses… Je veux vous donner cette Packard.
  • Mais, ma tante, vous me comblez, c’est trop, lui dit-il. Je suis touché de votre générosité, mais, vraiment, je ne puis accepter. Je ne suis même pas votre parent. Je possède une automobile neuve… Et puis, vous avez beaucoup de neveux qui seraient heureux de recevoir ce cadeau.
  • Des neveux ! s’exclame-t-elle. Ah ! Oui, des neveux qui n’attendent que ma disparition pour s’emparer de la Packard. Mais Ils ne l’auront pas.
  • Vous pourriez la vendre à un garagiste.
  • La vendre! Crie-t-elle. Vous croyez que je vendrais cette voiture? que je supporterais de voir des étrangers s’asseoir dedans! Une auto que mon mari avait achetée pour moi ! … Jamais je ne la vendrai…
  • Je vais vous la donner. Vous aimez les belles choses.

M. R.… n’aurait pu refuser le présent sans blesser la donatrice. Cette vieille dame, demeurée seule dans sa vaste propriété, parmi ses cachemires, ses antiquités et ses souvenirs, était sevrée d’affection et d’éloges. Elle avait été autrefois jeune, belle, adulée.

Elle avait bâti cette maison, l’avait réchauffée de son amour et embellie de tous les trésors qu’elle avait pu cueillir à travers le monde. Et, maintenant, dans la triste solitude de la vieillesse, elle avait soif d’un peu de tendresse, d’un peu de chaleur et d’admiration, et nul ne venait les lui apporter Aussi, quand elle trouva, source dans le désert, ce qui lui manquait depuis si longtemps, elle ne put offrir, pour exprimer sa gratitude, rien de moins qu’une automobile de luxe.