Une remarque salutaire

Au temps où Franklin n’était encore qu’un adolescent fruste et maladroit, un vieil ami le prit à part et lui infligea pour son bien quelques vérités cinglantes. Voici à peu près ce qu’il lui dit:

  • Ben, tu es impossible. Tu es terriblement cassant avec ceux qui ne sont pas de ton avis, tes contradictions sont pareilles à des soufflets. Aussi, tout le monde te fuit maintenant, tes amis sont plus heureux quand tu n’es pas là. Tu en sais si long que personne ne peut plus rien t’apprendre. En vérité, nul n’essaiera jamais de t’enseigner quoi que ce soit, ce serait fatigue inutile. C’est Pourquoi tu n’as guère de chances d’accroître tes connaissances présentes, qui crois-moi, sont pourtant bien faibles.

La manière dont Franklin accepta ce cuisant reproche est remarquable. Cet être exceptionnel avait déjà suffisamment de sagesse pour comprendre qu’il était mérité, et pour prévoir les échecs qu’il se préparait. Il fit volte-face et s’efforça immédiatement de se corriger.

  • Je me fis une règle, dit-il, d’éviter toute résistance ouverte aux opinions de mon interlocuteur ainsi que toute affirmation trop positive des miennes. Je m’interdis même l’usage des mots et expressions qui impliquent une opinion définitive, tels que : “certainement”, “indubitablement”, etc., que je remplaçais par des locutions plus souples, comme: “Je conçois”, “j’imagine”, “je comprends”, ou “je crois savoir que”…

Désormais, quand une personne émettait devant moi un jugement erroné, je savais résister au plaisir de la contredire avec vivacité et de lui montrer l’absurdité de sa proposition. Je commençais, au contraire, par lui faire observer qu’en d’autres circonstances son assertion pourrait se trouver juste, mais que le cas présent était, me semblait-il, quelque peu différent, etc…

 

Les avantages de cette nouvelle attitude

Mes entretiens avec mes semblables étaient plus agréables. Mes opinions, exprimées avec modestie, étaient acceptées plus promptement et souffraient moins d’opposition. En outre, je me sentais moins mortifié en cas d’erreur, j’amenais aussi plus facilement mes interlocuteurs à abandonner leur point de vue pour adopter le mien lorsqu’il était juste.

Cette tactique qui, au début, heurtait mon penchant naturel devint par la suite si familière et si facile que personne n’a dû m’entendre émettre, au cours des cinquante dernières années, une expression dogmatique. A mon avis, c’est principalement à cette méthode (ainsi qu’à la stricte probité) que je dus l’approbation de mes concitoyens quand je proposais de nouvelles institutions, ainsi que ma grande influence dans les assemblées publiques après mon élection… Car j’étais un piètre orateur, totalement dépourvu d’éloquence, hésitant, peu sûr de mon vocabulaire, et pourtant je parvenais à convaincre.

 

 

De bons résultats dans les rapports commerciaux

Jugez-en : Katherine A. Allred de Kings Mountain, en Caroline du Nord, est contrôleur technique dans une filature. Lors d’une séance d’entraînement à la communication et au leadership, elle a raconté comment elle avait résolu un problème délicat.

  • Je suis responsable de la mise en place et de l’entretien de systèmes et de normes qui encouragent nos ouvrières à gagner plus d’argent en produisant plus de fil. Le système que nous utilisions avait bien fonctionné tant que nous ne produisions que deux ou trois sortes de fils. Mais nous avons récemment étendu notre gamme à plus d’une douzaine de variétés. Notre système ne nous suffisait plus pour rémunérer nos ouvrières en fonction du travail accompli, ni pour les motiver à augmenter la production.
    J’ai donc élaboré un nouveau système de rémunération selon le type de fil travaillé à un moment donné. J’arrivais à la réunion, bien déterminée à prouver à la direction que mon programme était une juste approche du problème. Je leur démontrer qu’ils avaient été injustes envers les ouvrières et que je détenais la solution. Le moins que je puisse dire, c’est que j’échouais lamentablement ! J’avais été si occupée à défendre mon nouveau programme que je ne leur avais pas laissé la moindre chance de reconnaître de bonne grâce que l’ancien leur posait des problèmes. C’était l’impasse.

Après plusieurs séances d’entraînement, je compris mon erreur.

Je provoquais une autre réunion et, cette fois-ci, demandais aux membres de la direction ce qui, selon eux, n’allait pas. Nous discutâmes chaque point et je leur demandais leur avis sur la meilleure manière de s’y prendre. En me contentant de faire quelques suggestions modérées aux moments opportuns, je les laissais mettre au point eux-mêmes ce qui, en fait, était mon programme. Lorsque, à la fin de la réunion, je le leur présentais effectivement, ils l’acceptèrent avec enthousiasme.

On ne gagne rien à faire ressortir les erreurs des autres. Au contraire, on porte préjudice à la personne à qui l’on prouve sans ambages qu’elle a tort. On ne réussit qu’à la dépouiller de sa dignité et on se rend soi-même importun.

 

 

Juger d’après les principes des autres

On demanda un jour à Martin Luther King comment, en tant que pacifiste, il pouvait avoir de l’admiration pour le général de l’armée de l’air Daniel James, l’officier le plus haut gradé de la nation à cette époque. Le pasteur Luther King répondit :

Je juge les gens selon leurs principes à eux, non selon les miens.

De même, le général Robert E. Lee parla un jour au président de la Confédération, Jefferson Davis, et dans des termes flatteurs, d’un certain officier sous son commandement. Quel ne fut pas l’étonnement d’un autre officier qui l’escortait.

  • Général, dit-il, ne savez-vous pas que l’homme dont vous chantez les louanges est l’un de vos ennemis les plus acharnés et qu’il ne manque pas une occasion de vous calomnier ?
  • Si, répliqua le général Lee, mais le président m’a demandé l’opinion que j’avais de cet officier, non pas l’opinion que cet officier avait de moi. D’ailleurs, je ne révèle ici rien de nouveau, il y a vingt siècles,

Jésus disait :

Sois prompt à partager l’avis de ton adversaire.

En d’autres termes : ne discutez pas avec votre interlocuteur qu’il soit votre client, votre conjoint ou votre ennemi. Ne lui montrez pas qu’il se trompe, ne l’arrêtez pas, usez au contraire de diplomatie.
Deux mille deux cents ans avant la venue du Christ, le vieux roi Akhtoni d’Egypte donnait à son fils quelques conseils dont nous aurions grand besoin aujourd’hui.
II lui glissait à l’oreille : Sois diplomate; tu parviendras plus aisément à tes fins.

PRINCIPE 11 : Respectez les opinions de votre interlocuteur. Ne lui dites jamais qu’il a tort