Les gens n’aiment pas changer d’opinion

Bien rares sont les gens dont le jugement est parfaitement sain, objectif et lucide. La plupart d’entre nous sommes pleins de partialité. Notre raison est obscurcie par la jalousie, le soupçon, la crainte, l’envie et la vanité. Et puis beaucoup de gens détestent changer leurs opinions, qu’elles concernent leurs croyances religieuses, la marque de leur voiture, leurs acteurs favoris. C’est Pourquoi, si, dans vos conversations, vous avez tendance à répéter à votre auditeur qu’il a tort, lisez le paragraphe suivant tous les matins, avant votre petit déjeuner. Il est extrait du livre du professeur James Harvey Robinson, La Formation de l’Esprit.

Il nous arrive de modifier spontanément nos opinions sans effort et sans émotion. Mais, si l’on vient nous affirmer que nous sommes dans l’erreur, nous nous révoltons contre cette accusation et prenons instantanément une attitude défensive. C’est avec légèreté que nous formons nos convictions, mais il suffit qu’on menace de nous les arracher pour que nous nous prenions pour elles d’une passion farouche. Evidemment, ce ne sont pas tant nos idées que notre amour-propre que nous craignons de voir vendanger…

L’adjectif possessif « mon », « ma » est pour chacun le plus important de tous les mots, et tenir compte de cela c’est le commencement de la sagesse. Il possède la même force, qu’il s‘agisse de « mon » dîner, « mon » chien, « ma » maison, ou de « mon » père, « mon» pays, « mon » Dieu. Nous nous insurgeons non seulement quand on nous dit que notre montre est laide, que notre voiture est inconfortable, mais aussi quand on insinue que notre conception des canaux de Mars, de la valeur médicinale du salicylate ou de la civilisation des Pharaons est erronée…

 

Le monde de nos croyances

Il nous plaît de continuer à vivre dans nos croyances, si nous les voyons menacées, nous éprouvons une révolte qui nous pousse à chercher tous les arguments possibles pour les sauver. En somme, notre soi-disant raisonnement consiste à imaginer des excuses pour conserver les vieilles théories qui nous sont chères. Cari Rogers, l’éminent psychologue, ne dit-il pas :

  • J’attache une immense valeur au fait de pouvoir me permettre de comprendre l’autre. Ma formulation peut vous paraître étrange.

Est-il nécessaire de se permettre de comprendre l’autre ? Je le crois. Plutôt que chercher à comprendre, nous jugeons, nous évaluons ce que l’autre dit. Quand quelqu’un exprime ses sentiments, ses croyances, notre réaction presque immédiate est de les juger par un “c’est juste”, “c’est idiot”, “ce n’est pas normal”, “ce n’est pas raisonnable”, “ce n’est pas juste” ou “ce n’est pas bien”. Trop rarement nous nous permettons de comprendre précisément la signification que l’autre accorde à ce qu’il vient de dire.

Je me souviens que j’avais chargé un décorateur de confectionner des rideaux et des tentures pour ma maison. Il fit ce que j’avais demandé mais, peu de temps après, m’adressa une facture dont le total me coupa le souffle.

Quelques jours plus tard, une amie vient me voir: elle regarde les tentures, dont, incidemment, j’indique le prix. Quand elle l’entend, elle s’exclame avec une note de triomphe dans la voix :

  • Quoi ? Mais c’est épouvantable ! Je crois bien qu’il vous a roulé.

C’était exact. Mais nous n’aimons pas admettre les vérités qui nous sont désagréables. J’essaie de me défendre. Je fais observer à mon amie que la bonne qualité n’est jamais onéreuse, qu’on ne peut espérer avoir de la marchandise de luxe et une exécution artistique à des tarifs de soldes, etc.

Le lendemain, une autre dame voit les tentures, les admire, enthousiasmée, et exprime le regret de ne pouvoir s’offrir pour son appartement d’aussi exquises créations. Ma réaction est, vous le devinez, totalement différente. Je réponds :

  • A vrai dire, moi non plus, je ne puis guère me permettre ce luxe. Elles sont beaucoup trop chères. Je n’aurais pas dû les commander.

Quand nous avons tort, nous l’avouons à nous- même. Nous le confessons aussi à d’autres s’ils savent nous prendre avec toute la douceur et la diplomatie voulues, et nous nous flattons même de notre franchise et de notre courage. Mais il n’en est pas ainsi quand on essaie de nous faire admettre cette vérité désagréable.

 

Les insultes arrivent rarement à convaincre

Horace Greely, un éditeur célèbre pendant la guerre de Sécession, était en violent conflit avec la politique de Lincoln. II menait contre lui une campagne de menaces, de critiques et de satires, espérant, par ce moyen, le faire adhérer à sa cause. Cela dura des mois, des années. D’ailleurs, on sait qu’il écrivit personnellement une diatribe cruelle et sarcastique contre le président Lincoln, le jour même où celui-ci fut assassiné par Booth.

Toutes ces attaques modifient-elles les opinions de Lincoln ? Pas Du tout Les sarcasmes et les insultes ne convainquent rarement.

Si vous voulez vous perfectionner, si vous voulez mieux vous maîtriser et convaincre les autres, lisez l’autobiographie de Benjamin Franklin. C’est un récit passionnant. Dans ce livre, Franklin raconte comment il parvint à dominer son penchant détestable pour la critique et la controverse, et devint le plus parfait des diplomates de toute l’Histoire américaine.