Faites de l’activité physique, cure de jouvence pour les neurones

De nombreuses études ont montré que l’activité physique stimule la formation de nouveaux neurones. En se contractant, les muscles libèrent notamment des protéines (myokines). Par l’intermédiaire de la circulation sanguine, celles-ci activent la libération dans le cerveau de facteurs nutritifs (trophiques) comme le BDNF (brain-derived neurotrophic factor), qui stimule la prolifération de bébés neurones et augmente leur survie. Ces myokines activent également le système immunitaire, qui a lui-même une action favorable sur la neurogenèse. À court terme, l’activité physique modifie aussi le métabolisme de l’organisme : le rythme respiratoire et cardiaque augmente, améliorant le flux sanguin du cerveau.

Résultat : les niches de cellules souches situées près de zones cérébrales richement vascularisées sont plus actives.
« Faites donc de l’activité physique, cure de jouvence pour les neurones », conseille Pierre-Marie Lledo. À long terme, l’activité physique augmente par ailleurs la taille et nombre des micro vaisseaux du cerveau. Ce qui apporte plus d’éléments nutritifs et d’oxygène, notamment aux cellules souches. En outre, les cellules se débarrassent mieux de leurs déchets, en particulier des protéines mal conformées ou des toxines qui, en s’accumulant, peuvent provoquer des maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson.

Tout cela est-il bénéfique pour la cognition ? Pour la mémoire, oui. Il a été montré chez la souris que l’activité physique volontaire (par exemple, l’exercice de la roue) ou imposée augmente la neurogenèse, l’apprentissage et la mémoire, du moment que l’intensité de l’exercice est modérée (K. Diederich, Frontiers in Behavioral Neuroscience, 2017). « Chez l’humain, l’activité physique doit être aérobie, c’est-à-dire soutenue, et de plus de vingt minutes provoquant une hausse du rythme cardiaque et respiratoire. Citons notamment le vélo, le jogging, la natation…

 

 

Sortez, discutez, aimez

Nouer une relation sociale a de nombreux effets sur le cerveau. D’une part, c’est une source d’informations qui concourt à rompre la routine, favorise l’apprentissage et, par conséquent, la production de nouveaux neurones. Mais le lien social mettrait en action une hormone cérébrale clé (ocytocine), un neuromédiateur connu pour son action calmante.
C’est l’hypothèse étudiée par Elizabeth Gould de l’université de Princeton (États-Unis), qui a démontré son effet sur la neurogenèse du cerveau du rat (E Gould, Hippocampus, 2012).

En injectant l’hormone dans le cerveau ou la circulation sanguine, elle a mis en évidence la prolifération de nouveaux neurones dans l’hippocampe. Et ce, même si le rat est exposé aux glucocorticoïdes (cortisol) — l’hormone du stress délétère pour la production de neurones — ou à une situation stressante (nage en eau froide).
Si l’ocytocine est naturellement libérée pendant l’accouchement et l’allaitement, elle le serait également lorsque nous faisons preuve d’empathie, prenons soin de nos enfants, et aussi… pendant l’orgasme. « Sortez, discutez, aimez », conseille donc Pierre-Marie Lledo

 

Prenez soin de votre micro-biote intestinal, en lien direct avec le cerveau

Un bon micro-biote (flore intestinale) permettrait de garder un cerveau sain et doté d’une bonne neurogenèse.
Le tube intestinal est en effet riche de milliards de bactéries (micro-biote) qui communiquent avec le cerveau par voies sanguine et nerveuse. Au point qu’une souris sans micro-biote (axénique) voit certains de ses processus cérébraux régulés par la neurogenèse de l’hippocampe — comme la mémorisation — affectés. L’effet peut-il être inversé par la recolonisation de l’intestin par des bactéries ? Cela dépend à quel moment.
Oui, si le micro-biote est reconstitué avant le sevrage (Ebere S. Ogbonnaya, Biologie Psychiatry, 2014). Passé ce moment clé, l’altération est irréversible.
Cela suggère l’existence d’une phase critique au début de la vie durant laquelle l’établissement du micro-biote est décisif pour la mise en place de la future neurogenèse adulte de l’hippocampe. Chez la souris adulte, la neurogenèse reste toujours sensible au microbiote.

Une étude récente (Mohle et al., Cell Reports, 2016) a démontré qu’un traitement antibiotique prolongé — qui altère fortement les populations de bactéries intestinales — entraîne une baisse de production de nouveaux neurones dans le cerveau et de la fonction mnésique. Les chercheurs ont cependant pu revenir à la normale en associant un traitement probiotique (levures, bactéries) à de l’exercice physique et à l’ajout de cellules immunitaires spécifiques.
Ce qui met en lumière l’importance cruciale des bactéries intestinales et laisse supposer que le microbiote agirait plutôt sur les cellules immunitaires. « Prenez donc soin de votre microbiote intestinal, c’est bon pour le cerveau », conseille Pierre-Marie Lledo.

Pour cela, un régime riche en fibres (fruits, légumes) qui nourrissent les bactéries intestinales (pré biotiques) est à privilégier.