Évitez le stress chronique, tueur de bébés neurones

Les situations anxiogènes activent l’axe du stress dans le cerveau (hypothalamohypophysaire), qui déclenche la sécrétion d’une hormone, le cortisol, par les glandes surrénales (situées au niveau des reins). Par voie sanguine, ce cortisol inonde le cerveau pour déclencher une réaction rapide du système moteur et limbique (l’amygdale) qui entraîne l’attaque ou la fuite.
Si l’opération se répète trop souvent, donc en situation de stress chronique, les neurones situés dans l’hippocampe, riches en récepteurs du cortisol, sont très perturbés.

Résultat : la fabrication de nouveaux neurones est stoppée, mais aussi la croissance des survivants, car le système immunitaire inhibe les facteurs de croissance (BDNF, brain-derived neurotrophic factor). « Évitez donc le stress chronique, tueur de bébés neurones », conseille ainsi Pierre-Marie Lledo directeur du département de neurosciences à l’Institut Pasteur à Paris.

Pour ce faire, chacun peut mettre en œuvre des méthodes telles que le yoga, la méditation ou l’activité physique dont l’action sur le cerveau est avérée. Autant de méthodes que nous avons longuement développées dans mes articles.
Vous devez surtout prendre l’habitude de pratiquer la déconnexion du monde numérique — courriels et réseaux sociaux étant à l’origine d’une avalanche d’informations à laquelle il est très difficile de faire face. Car l’information qui nous fait juste « savoir » — et non comprendre — est délétère, n’incitant pas le cerveau à produire de nouveaux neurones. Bien au contraire, ce dernier, bombardé de données, est condamné à la passivité et donc l’anxiété.
Il est indispensable de trier l’information, discerner l’utile du futile, pour ne pas connaître le stress chronique

 

À bas la routine, soyez à l’affût de la nouveauté !

Les néo-neurones ont pour mission principale « d’encoder » de nouvelles informations pour nous permettre de nous adapter aux changements. Si la routine s’installe, ils sont désœuvrés… et éliminés. Tous les apprentissages actifs et les situations inédites doivent donc être recherchés. « À bas la routine, soyez à l’affût de la nouveauté ! », conseille donc Pierre-Marie Lledo.

Rencontrer des personnes inconnues, faire des voyages, relever des défis… Autant de conseils à mettre en œuvre !
En résumé, respecter la « libido sciendi », autrement dit la soif de comprendre et d’apprendre. Un objectif d’autant plus important que, d’après de toutes récentes études, l’hippocampe du cerveau, considéré comme un centre de tri de l’information et de mise en mémoire, provoquerait sa propre neurogenèse. Plus nous apprenons de choses, plus nous le stimulons, ce qui a pour conséquence de libérer les facteurs indispensables à la production de bébés neurones qui, en retour, favorisent la plasticité et donc l’apprentissage. Un cercle vertueux.

 

Prohibez les psychotropes dont l’usage inhibe la régénérescence

Le cerveau possède un messager chimique très répandu, le Gaba (acide gamma-aminobutyrique), dont la mission est de diminuer l’activité des neurones sur lesquels il se fixe. Or les psychotropes de type benzodiazépines (certains anxiolytiques et somnifères) se fixent sur les mêmes récepteurs que le Gaba et en augmentent l’effet pour une action « calmante ».
Des expériences menées chez la souris ont montré que ces médicaments stimulent la prolifération des néo-neurones, très sensibles au Gaba au tout début de leur vie. Mais une fois en période de maturation, les jeunes neurones se révèlent manquer fortement de « peps » alors qu’ils doivent créer une multitude de connexions pour survivre!
Inhibés par ces signaux Gaba renforcés par les benzodiazépines, ils sont rapidement éliminés.

« Prohibez ces psychotropes dont l’usage inhibe les neurones », conseille Pierre-Marie Lledo. A contrario, les antidépresseurs de type fluoxétines (inhibiteurs de recapture de la sérotonine, comme le Prozac) relancent la neurogenèse ! Las, une étude récente (A. Sahay, Hippocampus, 2015) révèle que les bébés neurones nés sous traitement ne sont pas tout à fait conformés normalement et s’intègrent moins bien au réseau existant.

Bilan : anxiolytiques, somnifères et, dans une certaine mesure, antidépresseurs ne peuvent être considérés que comme des béquilles chimiques ponctuelles, le temps de retrouver la motivation nécessaire pour mettre en place les actions positives favorables à la neurogenèse naturelle.