Dispenser du bonheur autour de soi

L’autre jour, je me trouve à la poste, attendant mon tour au guichet des ‘Recommandés ‘. Je suis frappé par l’air accablé d’ennui de l’employé. Evidemment, ce n’est guère drôle de passer mes journées à peser des enveloppes, vendre des timbres, remplir des récépissés. Je me dis :

Essayons de faire plaisir à ce garçonnet de lui arracher un sourire… Pour cela il faut naturellement que je lui dise quelque chose de gentil. Que pourrais-je bien trouver à admirer sincèrement dans sa personne ?
Ce n’est pas toujours facile avec des inconnus ! Mais là, c’est très simple: l’employé possède une chevelure magnifique.

Aussi, tandis qu’il pèse ma lettre, je lui dis :

  • Je voudrais bien avoir des cheveux comme les vôtres ! Il lève la tête, l’air surpris et rayonnant.
  • Oh! Répond-il avec un sourire modeste: ils ne sont plus ce qu’ils étaient.

Je l’assure qu’ils sont admirables, et le vois cette fois vraiment enchanté. Nous prolongeons encore quelques instants cette conversation, et la dernière parole qu’il me dit est celle-ci :

  • On m’a souvent complimenté sur ma chevelure.

Je parie que ce garçon est parti léger comme un passereau, qu’il a répété à sa femme ce que je lui avais dit et que le soir il a revu sa chevelure dans le miroir en se disant : C’est vrai qu’elle est belle !

Un jour où je racontais cela en public, quelqu’un m’a dit :

  • Mais que vouliez-vous obtenir de cet homme ? Ce que je voulais obtenir de lui !!!

Si nous sommes si bassement égoïstes que nous ne puissions dispenser un peu de bonheur autour de nous, ni faire un compliment, sans espérer tirer quelque chose d’autrui en retour, si nos cœurs ne sont pas plus larges que l’aigre et chétive pomme sauvage, alors nous ne manquerons pas d’essuyer l’échec que nous méritons.

 

 

La satisfaction d’un geste désintéressé

Mais, au fait, c’est vrai : Je désirais obtenir quelque chose de ce garçon, quelque chose d’infiniment précieux, la satisfaction exquise d’avoir accompli un geste absolument désintéressé, un de ces actions généreuses dont le souvenir demeure en notre mémoire longtemps après l’incident qui l’a provoqué.

Il existe une loi primordiale que nous devons respecter dans nos rapports avec nos semblables. Si nous l’observons, nous gagnerons amitié et bonheur. Mais, dès l’instant où nous la violerons, nous ferons naître sous nos pas d’innombrables difficultés. Cette règle, la voici :

Faites sentir aux autres leur importance.

Comme nous l’avons expliqué plus haut, le désir d’être important est, selon le professeur John Dewey, le plus puissant des appétits humains. Pendant des millénaires, les philosophes ont spéculé sur les principes qui régissent les rapports des hommes entre eux. Toutes leurs méditations et leurs études n’ont abouti finalement qu’à un seul précepte. Il est aussi vieux que l’histoire de l’humanité.

  • Zoroastre l’enseignait aux adorateurs du feu en Perse il y a trois mille ans
  • Confucius le prêchait en Chine il y a vingt-quatre siècles
  • Lao-Tseu, le fondateur du taoïsme, l’inculquait à ses disciples dans la vallée de Han
  • Cinq cents ans avant Jésus-Christ, Bouddha le proclamait sur les rives du Gange sacré
  • Les livres saints de l’hindouisme le mentionnent mille ans avant lui
  • Plus tard, Jésus le prêcha parmi les collines pierreuses de la Judée

II résume en une seule phrase cette règle qui est probablement la plus importante du monde

Agis envers les autres comme tu voudrais qu’ils agissent envers toi- même

  • Vous tenez à l’estime de ceux qui vous entourent
  • Vous désirez qu’on rende justice à vos mérites
  • Il vous est doux de vous sentir important dans votre petite sphère
  • Vous détestez les lourdes flatteries, mais vous avez faim d’éloges sincères
  • Vous voulez être honoré, encouragé, complimenté

Tous nous aspirons à cela.

Obéissons donc à la loi de l’Écriture :

Donnons aux autres ce que nous voudrions recevoir d’eux. Et cela, quand ?… Comment ?… Où ?… La réponse est simple : toujours et partout.

Point n’est besoin d’être ambassadeur pour pratiquer cette philosophie.
De petites phrases comme : Excusez-moi de vous déranger…
Voulez-vous avoir la bonté de… Voulez-vous, je vous prie…, sans oublier ‘Merci’, sont l’huile qui lubrifie les mécanismes de notre vie quotidienne, en plus de la marque d’une bonne éducation.