Faites en sorte de rendre les autres heureux

On était en 1915. Depuis plus d’un an, les nations d’Europe s’entre-tuaient dans le plus effroyable massacre que l’on n’ait jamais vu. L’Amérique était plongée dans la consternation. Ne pourrait-on jamais rétablir la paix ? Nul ne le savait. Cependant, Wilson était résolu à faire un effort pour y parvenir. Il allait envoyer un émissaire pour tenir conseil avec les dirigeants européens.

William Jennings Bryan, l’apôtre de la paix, brûlait de partir. Il entrevoyait dans cette mission la possibilité de servir une grande cause et de rendre son nom immortel. Mais Wilson choisit un autre homme, le colonel House, son ami intime. Et c’est à ce dernier qu’incomba la difficile mission d’annoncer la mauvaise nouvelle à Bryan. Il rapporta l’entrevue dans son journal :

Bryan se montra fort désappointé quand il sut que j’étais chargé de la mission qu’il convoitait.
Je répondis que le Président était d’avis qu’il serait peu prudent de rendre cette démarche officielle. Or, si Bryan partait, sa personnalité fort connue attirerait l’attention, on se demanderait pourquoi il était venu…

  • Vous êtes trop important pour cette mission, voilà ce que son discours laissait entendre. Et Bryan en fut satisfait.

Adroit et expérimenté, le colonel House mettait en pratique l’un des grands principes qui régissent les rapports des hommes entre eux :

Faites-en sorte que les autres soient heureux de faire ce que vous suggérez.

Quand Wilson invita McAdoo à faire partie de son cabinet, il observa aussi ce principe, et pourtant, ce qu’il proposait n’était pas un sacrifice, mais au contraire, un immense honneur. Il agit de telle sorte que l’autre se sentit doublement flatté. Laissons McAdoo raconter l’épisode :
Wilson me dit qu’il serait très heureux si je voulais bien accepter le portefeuille de secrétaire du Trésor. Il avait une manière exquise d’exprimer les choses, il me donnait l’impression qu’en acceptant ce grand honneur, c’était encore moi qui lui ferait une faveur.
Les hommes d’Etat et les diplomates ne sont pas les seuls à appliquer le principe :

Rendez les autres heureux de faire ce que vous suggérez.

 

Savoir comment encourager efficacement

Dale O. Ferrier de Fort Wayne, dans l’Indiana, a raconté comment il a encouragé un de ses jeunes enfants à accomplir de bonne grâce les corvées dont on le chargeait. L’une de ces corvées consistait à ramasser les poires pour que la personne chargée de tondre la pelouse n’ait pas à s’arrêter sous les poiriers pour les enlever. Il n’aimait pas ce travail et il lui arrivait souvent, soit de ne pas le faire du tout, soit de le faire si mal que, pour couper l’herbe, il fallait quand même s’arrêter et ramasser les poires oubliées. Pour éviter un affrontement, je lui dis un jour :

  • Jeff, je te propose un marché. Pour chaque panier de poires que tu ramasseras, je te donnerai un dollar. Mais si, ton travail terminé, je trouve encore des poires par terre, je te retirerai un dollar par poire de ce que tu auras gagné. Qu’est-ce que tu en dis ?

Comme c’était à prévoir, non seulement il ramassa toutes les poires mais je dus le surveiller pour qu’il n’en cueille pas dans les arbres afin d’en remplir ses paniers.