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Piloter une moto, retenir un numéro de téléphone, se rappeler d’un rendez-vous… Autant de choses qui font intervenir notre mémoire. Ou, pour être plus précis, nos mémoires car scientifiquement parlant, on en distingue cinq.

 

Mémoire de travail

mémoire de travailPour retenir ponctuellement une liste de choses à faire, c’est votre mémoire de travail qui va être mise en action.
C’est peut-être la plus indispensable de toutes, elle est active à chaque instant conscient de votre vie. Quand vous répétez mentalement un numéro de téléphone, c’est d’elle dont vous vous servez. C’est encore elle qui vous sera utile si vous demandez votre direction à un passant et que vous vous restituez mentalement les indications qu’il vous a données (tourner à gauche, puis à droite après le feu…). C’est encore grâce à elle que vous parvenez à lire cette phrase tout en gardant à l’esprit le début de ce texte. Elle vous permet de manipuler en temps réel les informations dont vous avez besoin pour parler, pour lire, pour planifier, pour réfléchir, pour calculer… Principalement localisée dans le lobe frontal, à l’avant du cerveau (en jaune dans le schéma), elle constituerait l’un des mécanismes fondamentaux de la conscience.

 

Mémoire procédurale

mémoire procéduraleLorsqu’un musicien joue de la musique de façon automatique, sans avoir à y penser, il fait appel à sa mémoire procédurale.
Inconsciente et pourtant indispensable au quotidien, elle est la mémoire du savoir-faire et des habiletés motrices. Tenir une fourchette, faire du vélo, manier un stylo, jouer d’un instrument de musique, résoudre de façon routinière une équation mathématique… Toutes ces compétences, qui sont autant d’automatismes, relèvent de la mémoire procédurale. Si celle-ci interagit avec les autres types de mémoire — tout apprentissage d’un savoir-faire requiert un effort mental initial qui met en jeu les mémoires de travail et épisodique —, elle s’en distingue clairement. Ainsi, une personne souffrant d’amnésie profonde peut être incapable de former de nouveaux souvenirs, mais réussir à apprendre à faire du vélo. La mémoire procédurale met notamment en jeu le cortex moteur, les ganglions de la base et le cervelet.

Mémoire perceptive

mémoire perceptiveComme son nom l’indique, c’est elle qui contiendra toutes vos perceptions, comme par exemple, l’odeur d’un parfum.
Voilà une mémoire non-consciente qu’exploitent volontiers les publicitaires. Et pour cause: elle imprime dans notre esprit, de façon totalement automatique et involontaire, une trace des images, odeurs, sons… auxquels nous sommes exposés, avant même que nous leur donnions un sens. Le fait est démontré expérimentalement: si l’on montre un objet à une personne de façon suffisamment rapide pour qu’elle ne puisse l’identifier, puis qu’on lui présente, quelque temps après, l’image tronquée de ce même objet, elle l’identifie plus rapidement que si elle n’y a jamais été exposée. C’est ce que l’on appelle l’amorçage perceptif. Cette mémoire des sensations, qui s’appuie sur les organes des sens, faciliterait l’encodage des souvenirs. Ce qui explique sans doute que l’on se rappelle plus aisément le visage d’une personne qui nous a fait d’emblée « forte impression ». Sans surprise, la mémoire perceptive repose sur les aires sensorielles primaires du cerveau: cortex visuel, auditif, somatosensoriel (pour le toucher), olfactif et gustatif.

 

Mémoire sémantique

mémoire sémantiqueIl s’agit de notre dictionnaire interne. Dates historiques, notions de géographie, planning du jour… sont stockés dans notre mémoire sémantique.
C’est elle qui stocke les connaissances que nous avons sur nous-mêmes (lieu de naissance, diplômes…) et sur le monde (la statue de la Liberté est à New York…). La mémoire sémantique est donc l’ensemble des connaissances qui ne se rapportent pas à des événements vécus. Savoir que les attentats du 11-Septembre ont eu lieu en 2001 relève de la mémoire sémantique, tandis que le souvenir du contexte dans lequel nous avons appris la nouvelle relève de la mémoire épisodique (voir page suivante). Ces deux mémoires sont intimement liées: nombre de nos connaissances (le concept de « conférence », par exemple) se forment à partir de souvenirs épisodiques précis (les conférences auxquelles nous avons assisté). Elles sont néanmoins distinctes. Après un accident, certains individus ne peuvent plus mémoriser des événements, tandis qu’ils sont encore capables d’apprendre de nouveaux concepts. En cause: des réseaux cérébraux différents. La mémoire sémantique, elle, met en jeu essentiellement les lobes frontal et temporal gauches.

 

Mémoire épisodique

mémoire épisodiqueTous les événements qui constituent votre vie se retrouvent mais seuls les plus intenses y laisseront une trace.
Ce que nous appelons communément « souvenirs » est la mémoire des épisodes de notre vie, la mémoire dite épisodique. La naissance d’un enfant, un mariage… Tous les souvenirs épisodiques se rapportent à des événements contextualisés, vécus dans un lieu et à un instant donné. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le répertoire de notre mémoire épisodique est assez pauvre. Hormis des événements très marquants, associés à un bonheur ou à un danger intenses, nous ne conservons pas, à long terme, beaucoup de souvenirs précis de notre vie. Nombre sont oubliés (ce que nous avons mangé mardi dernier, la plupart de nos anniversaires…) ou « sémantisés ». Ils viennent alors enrichir le répertoire de nos connaissances générales. Ainsi, lorsque vous partirez à la retraite, vous ne vous rappellerez pas en détail chaque jour passé au travail. En revanche, il vous restera le souvenir d’une ambiance, des lieux, un savoir-faire. Deux régions cérébrales apparaissent particulièrement importantes pour le stockage et la remémoration des souvenirs épisodiques: le cortex préfrontal et l’hippocampe.